
Le smartphone à la main, accaparé par une communication orale, la rédaction ou la lecture d’un texto, d’un téléchargement, ou d’une recherche sur le web, les écouteurs aux oreilles, coupé de son environnement et plongé dans un univers intérieur sous contrôle, l’individu hypermoderne ne perçoit que de manière accessoire son environnement physique et humain. La société numérique n’est pas dans la même dimension que la sociabilité concrète, avec des hommes ou des femmes en présence mutuelle qui se parlent et s’écoutent, attentifs les uns aux autres. Elle morcelle le lien social, détruit les anciennes solidarités au profit de celles, abstraites, des réseaux sociaux ou de correspondants physiquement absents. Paradoxalement certains la voient comme une source de reliance alors que jamais l’isolement des individus n’a connu une telle ampleur. Jamais le mal de vivre des adolescents et des personnes âgées n’a atteint un tel niveau. La dissociation est désormais une donnée banale du quotidien, surtout pour les adolescents, puisqu’elle se donne techniquement avec aisance et libère un imaginaire de compensation face aux frustrations banales. Elle est aussi un outil de lutte contre l’ennui, même de quelques minutes d’attente, et une échappée belle hors des contraintes du lien social.
Author

Professeur à l'Université de Strasbourg, membre de l'Institut universitaire de France et chercheur au laboratoire Cultures et Sociétés en Europe. Anthropologue et sociologue français, il est spécialiste des représentations et des mises en jeu du corps humain qu'il a notamment étudiées en analysant les conduites à risque. Es profesor de la Universidad de Estrasburgo y miembro del Instituto Universitario de Francia. Muchas de sus obras se han traducido al español y han sido publicadas por editoriales como Nueva Visión, Seix Barral y La Cifra.