
Gratien Gélinas jouit d'une importance historique certaine dans le théâtre québécois, dont il est considéré comme le patriarche. Et si certaines de ses pièces ont mal vieilli, ce n'est pas le cas de Bousille et les Justes, qui reste assurément la plus forte des œuvres de l'auteur mort en 1999. La pièce créée en 1959 – année charnière pour le Québec, qui s'apprête à émerger de l'étouffant régime de Maurice Duplessis pour faire sa "Révolution tranquille" – met à nu l'hypocrisie d'une société, expose avec mordant le décalage entre les vertus, la religiosité d'apparat qu'elle pratique, et les valeurs corrompues qui grouillent sous la surface. Le plus jeune de ses fils étant accusé de meurtre, la "respectable" famille Grenon a déménagé ses pénates à Montréal pour le soutenir. Mais pour sauver le cadet et préserver la réputation des Grenon, il faut d'abord convaincre le petit cousin Bousille, seul témoin de la bagarre. Or, cette âme simple et pure, très pieuse, s'entête à vouloir dire "toute la vérité" au procès. Tous les moyens seront bons pour faire changer d'avis le pauvre Bousille… Avec son histoire exemplaire et solidement construite, ses personnages un peu simples, mais bien définis, la verve de Gélinas et son sens des dialogues, Bousille et les Justes fait toujours mouche. À la fois drôle et poignante, la pièce offre un dosage réussi de drame universel et de satire sociale. Et il y a Bousille, touchant, avec sa candeur naïve et sa pureté enfantine… Marie Labrecque