Extrait: ...chretiens qui soient connus. Et puis on rentre dans l'humble hotel qui domine la mer et on reste tard a rever, en regardant l'oeil rouge et l'oeil bleu d'un navire a l'ancre. Aussitot le matin venu, comme notre visite est annoncee, on nous ouvre les portes du ravissant petit palais qui renferme les collections et les oeuvres d'art dela ville. En penetrant dans le musee, je l'apercus au fond d'une salle, et belle comme je l'avais devinee. Elle n'a point de tete, un bras lui manque; mais jamais la forme humaine ne m'est apparue plus admirable et plus troublante. Ce n'est point la femme poetisee, la femme idealisee, la femme divine ou majestueuse comme la Venus de Milo, c'est la femme telle qu'elle est, telle qu'on l'aime, telle qu'on la desire, telle qu'on la veut etreindre. Elle est grasse, avec la poitrine forte, la hanche puissante et la jambe un peu lourde, c'est une Venus charnelle, qu'on reve couchee en la voyant debout. Son bras tombe cachait ses seins; de la main qui lui reste elle souleve une draperie dont elle couvre, avec un geste adorable, les charmes les plus mysterieux. Tout le corps est fait, concu, penche pour ce mouvement, toutes les lignes s'y concentrent, toute la pensee y va. Ce geste simple et naturel, plein de pudeur et d'impudicite, qui cache et montre, voile et revele, attire et derobe, semble definir toute l'attitude de la femme sur la terre. Et le marbre est vivant. On le voudrait palper, avec la certitude qu'il cedera sous la main, comme de la chair. Les reins, surtout, sont inexprimablement animes et beaux. Elle se deroule avec tout son charme, cette ligne onduleuse et grasse des dos feminins qui va de la nuque aux talons, et qui montre, dans le contour des epaules, dans la rondeur decroissante des cuisses et dans la legere courbe du mollet aminci jusqu'aux chevilles, toutes les modulations de la grace humaine. Une oeuvre d'art n'est superieure que si elle est, en meme temps, un...