
Qui connaît Louis-Jean Malvy ? Celui qui fut pour la gauche un nouveau Dreyfus, un martyr du républicanisme est aujourd’hui oublié. Etoile montante du parti radical, ministre de l’Intérieur de 1914 à 1917 et artisan de l’Union sacrée, Malvy s’est efforcé d’obtenir la paix sociale dans la France en guerre en négociant avec la CGT tout en contrôlant les pacifistes plutôt qu’en les arrêtant. En 1917, quand la crise du moral survient, la droite nationaliste le désigne comme bouc émissaire pour expliquer tout à la fois l’échec du chemin des Dames, les mutineries des poilus, les grèves ouvrières et le développement du pacifisme. La Ligue royaliste d’Action française s’acharne : violeur, cocaïnomane, espion, amant de Mata Hari… les accusations les plus folles sont lancées contre le ministre qui doit démissionner sous les coups d’un Clemenceau exploitant cyniquement cette crise politique pour parvenir au pouvoir. Traduit en Haute Cour de justice en 1918, Malvy est condamné à cinq ans de bannissement au terme d’un procès inique qui constitue, pour la droite, la revanche sur l’affaire Dreyfus. Dans un pays en guerre rassemblé derrière un chef pour qui la fin justifie les moyens, l’innocence et la justice ne pèsent pas lourd face à la raison d’Etat. A travers le récit de l’affaire Malvy, Jean-Yves Le Naour s’attaque au mythe de l’Union sacrée et montre comment s’opère le basculement à droite de la France en guerre.
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Historien, né en 1972 à Meaux (Seine et Marne), docteur en histoire, spécialiste de la Première Guerre mondiale et de l'histoire du XXe siècle . Il est l'auteur de plusieurs films documentaires portant sur la Grande Guerre ainsi que sur le XXe siècle. Deux de ses essais ont reçu un prix : L'affaire Malvy a remporté le prix Henri Hertz 2008, Les soldats de la honte, le Grand-Prix du livre d'histoire Ouest-France-Société Générale 2011 ainsi qu'une seconde distinction : le prix de l'Académie de Médecine Jean-Charles Sournia qui récompense "un travail original récent consacré à l'histoire de la Médecine".