
Parmi les machines qui hantent nos vies quotidiennes, le tapis roulant est celle qui traverse le plus insidieusement tous les secteurs d'activité : des tapis mobiles sur chaîne d'assemblage aux tapis de caisse de la moindre supérette en passant par ceux dévolus à l'exercice corporel du fitness. Travail posté, rituel consumériste et souci hygiénique de soi : trois postures qui, chacune à sa manière, nous condamnent à l'éternel recommencement d'une marche forcée. Cet essai veut en retracer la généalogie, plus sinueuse et méconnue qu'il n'y paraît. Sans s'attarder sur les " grues à tympan " de l'Antiquité romaine, on passe en revue bien des appareils oubliés – le " moulin disciplinaire " des prisons de l'ère victorienne, le " manège à plan incliné " des agriculteurs du XIXe siècle ou le " trottoir mouvant " de l'Exposition universelle de 1900 – avant d'aborder les usages plus récents de cet outil crucial du management fordien, de la consommation de masse et du test d'effort cardiovasculaire. Au fil de cette enquête, toutes sortes de matériaux historiques sont mis à contribution : des brevets d'obscurs inventeurs aux running gags du cinéma muet. Et, à l'arrivée, on retombe sur notre très contemporain tapis de course, cette figure terminale du mythe progressiste : de grands bonds en avant qui, la plupart du temps, ne nous ont avancés à rien.
Author

Né en 1963 à Paris, il a été pion, veilleur de nuit, libraire, pigiste, magasinier, thésard, vacataire à l’Université Paris-8 (Saint-Denis), pensionnaire à la Villa Médicis (1996-97), etc. Comme écrivain, il a publié une dizaine d’œuvres de fiction. Il a aussi publié divers textes courts dans des revues et journaux – NRV, TIJA, Les Inrockuptibles, La quinzaine littéraire, R de Réel, Inculte... Outre des articles universitaires sur Louis Guilloux, Victor Serge ou Céline, il a collaboré occasionnellement à diverses revues de pensée critique, notamment Lignes, Vacarme, Il Manifesto ou Le Crieur, ainsi qu’à des essais collectifs. De sa complicité (comme dramaturge, assistant artistique et même comédien) avec le metteur en scène François Wastiaux, sont nés cinq spectacles depuis vingt ans : quatre adaptations – Les Carabiniers, 1991, Les Gauchers, 1993, Labo-Lubbe, 2005 et Portraits crachés, 2006 – et une pièce créée au Festival d’Avignon, Les Parapazzi (Solitaires intempestifs, 1998). Il est également l’auteur et l’interprète de deux « vraies-fausses conférences » audiovisuelles : Pouvoir Point (créé au Marathon des mots à Toulouse en 2008, en association graphique avec Philippe Bretelle) et Emplois fictifs & Sommeil paradoxal (créée au théâtre du Rond-Point en 2014). Outre plusieurs fictions radiophoniques pour France Culture, il a co-scénarisé le moyen-métrage de César Vayssié (Elvis de Médicis, 1998), signé le livret d’un oratorio pour le compositeur Luis Naón (Sainte-Nitouche, la fille ni bien ni mal, 2002) et co-écrit le spectacle à la fois filmique et scénique du metteur en scène Benoît Bradel (L’invention de la giraffe, 2004). En 1998, il a rejoint les éditions Verticales. Au fil des années, il a pris goût à cette aventure éditoriale.