
En définissant le paysage comme la partie d’un pays que la nature présente à un observateur, qu’avons-nous oublié ? Car l'espace ouvert par le paysage est-il bien cette portion d’étendue qu’y découpe l’horizon? Car sommes-nous devant le paysage comme devant un spectacle? Et d’abord est-ce seulement par la vue qu’on peut y accéder – ou que signifie regarder? En nommant le paysage montagne(s)-eau(x), la Chine, qui est la première civilisation à avoir pensé le paysage, nous sort puissamment de tels partis pris. Elle dit la corrélation du Haut et du Bas, de l’immobile et du mouvant, de ce qui a forme et de ce qui est sans forme, ou encore de ce qu’on voit et de ce qu’on entend... Dans ce champ tensionnel instauré par le paysage, le perceptif devient en même temps affectif ; et de ces formes qui sont aussi des flux se dégage une dimension d’esprit qui fait entrer en connivence. Le paysage n’est plus affaire de vue, mais du vivre. Une invitation à remonter dans les choix impensés de la Raison ; ainsi qu’à reconsidérer notre implication plus originaire dans le monde. François Jullien.
Author

François Jullien, né en 1951 à Embrun (Hautes-Alpes), est un philosophe, helléniste et sinologue français. Ancien élève de l’École normale supérieure et agrégé de l’université (1974), François Jullien a ensuite étudié la langue et la pensée chinoises à l'université de Pékin et à l'université de Shanghai (1975–1977). Il a été ensuite responsable de l'antenne française de sinologie à Hong-Kong (1978–1981), puis pensionnaire de la Maison franco-japonaise à Tokyo (1985–1987). Il a été successivement président de l'Association française des études chinoises (de 1988 à 1990), directeur de l'UFR Asie orientale de l'université Paris-Diderot (1990–2000), président du Collège international de philosophie (1995–1998), professeur à l'université Paris-Diderot et directeur de l'Institut de la pensée contemporaine ainsi que du centre Marcel-Granet.