
L'écriture est affaire de ventre car le ventre des femmes reste le lieu de la transmission essentielle, celle de la vie autant que celle de la mort. Ainsi, laisser passer la vie ou ne pas y parvenir, décider d'avorter ou d1accoucher, renvoient fondamentalement à la même question : celle de la filiation, du lien d'une génération à une autre, de ce que l'on a reçu vers ce que l'on en restitue. De cette interrogation fondamentale, Catherine Mavrikakis et Martine Delvaux ont fait une correspondance, entretenue entre juillet 2001 à août 2002. Leur dialogue, inattendu et intrépide, se noue autour de la maternité, possible ou impossible, mais il se déploie rapidement en une quête plurielle autour du sens. C'est ainsi que ce dialogue intime entre deux femmes rejoint le lecteur par un effet de miroir. En discutant entre elles, et pour elles, les auteures nous posent des questions que nous nous sommes toutes et tous posées, au moins une fois dans notre existence. Ventriloquies interpelle les origines - réelles et souhaitées -, le désir - possible ou sublimé -, la relation mère-fille qui ne peut s'établir qu'au nom du père. Il y est question de voyages, comme autant de traces à la recherche du lieu propice, un lieu à soi, qui ne soit plus étranger. Il y est question de résonances avec la manière dont d'autres créateurs -, des écrivains, des cinéastes, des peintres -, ont abordé ces mêmes sujets. Il y est question d1écriture, de violence dans l'art, donc de don et de perte, de risque et de liberté, avec une sensibilité qui ne fait pas l'économie de la lucidité. Et avec de l'amour, non dénué de révolte, et même de colère.
Authors

Catherine Mavrikakis est née le 7 janvier 1961 à Chicago, d’une mère française et d’un père grec qui a grandi en Algérie. Elle a partagé son enfance entre Ville d’Anjou, Montréal-Nord, Villers-Bocage en Normandie et Bay City (Michigan) et a été élevée avec son plus jeune frère par le poste de télévision auprès duquel elle dormait. Elle a subi une éducation stricte dans un lycée français à l’ “étranger” où elle a appris beaucoup de choses, dont l’injustice. En 1979, elle choisit vraiment Montréal, où elle fait des études de littérature et une dépression, qui la conduira à de longues années de psychanalyse. Il lui en restera toujours quelque chose… Pendant dix ans elle a enseigné à l’Université de Concordia où elle était heureuse. Mais tout à dégénéré dans le monde après le 11 septembre. Elle s’est donc retrouvée en 2003 à l’Université de Montréal, ce qui lui laisse beaucoup de temps pour écrire: Depuis 2000, elle a publié quatre romans : Deuils cannibales et mélancoliques (Trois, 2000), Ça va aller (Léméac, 2002), Fleurs de crachat (Leméac, 2005), Le ciel de Bay City, (Héliotrope, 2008) et une pièce de théâtre Omaha Beach (Héliotrope, 2008). Elle a écrit un essai-fiction sur la maternité avec Martine Delvaux: Ventriloquies (Leméac, 2003) et rédigé un essai: Condamner à mort. Les meurtres et la loi à l’écran (PUM, 2005). Elle anime une émission “Rêvez pour moi” sur Radio-Spirale où les invités doivent parler de leurs rêves, ce qu’ils ne font pas toujours de bonne grâce. Elle fait du yoga et de la méditation. Sa pose préférée est savasana. Elle a une fille de presque huit ans, un mari assez rustre, des amies roumaines, un filleul adorable et bavard et deux marraines extraordinaires pour sa fille. C’est pourquoi elle partage une devise avec les Républicains, des Conservateurs et les Grecs: Vive la Famille!
