
Le 15 décembre 1840, lors du transfert des cendres de Napoléon aux Invalides, Hugo se trouve parmi la foule ; le 22 février 1848, quand commence ce qui sera une révolution, il quitte la Chambre des pairs pour assister aux affrontements de la place de la Concorde. Mais ce dont Hugo est témoin, c'est aussi l'agonie de Balzac dont il serre une dernière fois la main inerte, et de nombreux événements de toute nature, dont, hélas, les plus tragiques : la folie de sa fille Adèle et la disparition de ses deux fils, Charles et François-Victor. C'est en 1887, deux ans après sa mort, que son ami Paul Meurice puise dans ses papiers et carnets la matière d'un premier volume de Choses vues qui plus tard s'accroîtra. Des Mémoires ? sans doute non. Une sorte de Journal, plutôt, mais qui accueille à la fois des pages écrites a posteriori et de simples notes très diverses : un ensemble de fragments à la fois historiques et intimes, où l'écrivain, souvent placé comme en retrait, nous propose, si l'on veut, sa chronique d'un demi-siècle. Extrait : "Le premier mois de la présidence de Louis Bonaparte s’écoule. Voici quelle est la figure de ce moment : Il y a maintenant des bonapartistes de la veille. Mme la duchesse d’Orléans habite, à Ems, avec ses deux enfants, une petite maison où elle vit pauvrement et royalement. MM. Jules Favre, Billault et Carteret font une cour—politique — à Mme la princesse Mathilde Demidoff. Toutes les idées de février sont remises en question les unes après les autres ; 1849 désappointé tourne le dos à 1848. Les généreux veulent l’amnistie, les sages veulent le désarmement. L’Assemblée constituante est furieuse d’agoniser. M. Guizot publie son livre dela Démocratie en France ; Louis-Philippe est à Londres, Pie IX est à Gaëte, M. Barrot est au pouvoir ; la bourgeoisie a perdu Paris, le catholicisme a perdu Rome. Le ciel est pluvieux et triste avec un rayon de soleil de temps en temps. Mlle Ozy se montre toute nue dans le rôle d’Ève à la Porte-Saint-Martin ; Frédérick Lemaître y joue l’Auberge des Adrets.Le cinq est à soixante-quatorze, les pommes de terre coûtent huit sous le boisseau, on a un brochet pour vingt sous à la Halle. M. Ledru-Rollin pousse à la guerre, M. Proudhon pousse à la banqueroute. Le général Cavaignac assiste en gilet gris aux séances de l’Assemblée et passe son temps à regarder les femmes des tribunes avec de grosses jumelles d’ivoire." Les liens interactifs de la table des matières facilitent la lecture de l'ouvrage.