
On ne reçoit en France que de trop parcimonieux échos de l'effervescence créatrice qui agite la Corée depuis la chute de la dictature, il y a une vingtaine d'années. Le cinéma coréen dont les écrans français donnent de temps à autre un aperçu fournit de saisissants témoignages de cet audacieux dynamisme que connaît aussi la littérature, notamment dans le domaine des nouvelles longues. Les trois textes réunis dans ce recueil saisissent sur le vif un quotidien très contemporain, celui des auteurs, tous nés après 1970 ; ils affichent aussi un goût prononcé pour la dérision et des situations au burlesque parfois déjanté. Deux pieds-nickelés se retrouvent emprisonnés à l'intérieur de la chambre forte qu'ils étaient en train de dévaliser et y attendent que la police vienne les délivrer; un chanteur frustré incapable de chanter en rythme clans la chorale de son lycée se met à courir les karaokés pour enregistrer les voix de casseroles ; enfin, «J'étais un maquereau», de Kim Tae-yong, qui donne son titre au volume, est aussi la première et unique phrase que s'avère capable d'écrire un homme subjugué par la page blanche... Ou comment se faire une idée de la Corée contemporaine. Les auteurs de ces trois nouvelles ont tous moins de quarante ans, ils ont publié leurs premiers textes - dont certains ont reçu des prix - au milieu ou à la fin des années 1990 et suscitent une attention de plus en plus vive de la part de la critique, des éditeurs et du public.
